NTDA : Des années yé-yé au disco, quelle est la période que vous lui préférez ?
F.L. : Après avoir construit toute son identité d'artiste dans les premières douze années, il arrive au top de son personnage à partir d'octobre 72 avec « Le lundi au soleil » jusqu'en
1976 où il amène les prémices du disco avec des titres comme « Laisse une chance à notre
Amour ». C'est l'époque la plus intemporelle pour moi, rien que pour la photo de la pochette du disque du « Lundi au soleil », prise par Gilbert Moreau, où il n'est pas marqué par le temps,
où l'on ne peut pas lui donner d'âge. On ne sait pas s'il a 22 ans ou s'il en a 35, il est un peu hors du temps, ce qui est très rare chez un artiste. Pour la petite histoire, cette pochette
de disque a fait rêver des millions de gens dont Nikos Aliagas, qui était fan de Claude François dans sa Grèce natale.
C'est aussi la période où Claude installe son histoire, sa légende, avec des titres qui ont marqué la mémoire générale comme avec « Le téléphone pleure » en 74. C'est en même temps l'époque
où il cultive sans le savoir, son autre histoire qui va démarrer le jour où il partira.
NTDA : Pourquoi pensez vous qu'il représente bien mieux les années 70 que quiconque ?
F.L. : Parce que Claude François a inventé les années 70 ! De par la rythmique et de par son apparence physique. Il représentait exactement cette révolution sexuelle qui a eu lieu à
l'époque. Il faut savoir que Claude François choquait régulièrement avec les tenues de ses Clodettes qui étaient très déshabillées dans les différentes émissions de télé qu'elles ont faites
avec lui. Il a eu de gros problèmes avec les services téléspectateurs des chaînes de l'époque.
Beaucoup de gens écrivaient, choqués de voir les pointes des tétons des danseuses, ce qui était, il faut bien le dire, très provocateur pour l'époque. Donc, il a accompagné une révolution en
chanson, en créant un style musical, et il a accompagné la révolution sexuelle.
NTDA : En imaginant que Claude François n'ait pas touché cette applique électrique, croyez vous qu'il aurait su amorcer le virage vers les années 80,
qui ont été dramatiques pour certains autres de ses confrères ?
F.L. : Il était suffisamment intelligent pour réussir ce virage qu'il avait déjà entamé avec Etienne Roda-Gil sur son dernier album, il aurait su faire évoluer son personnage avec son
époque car il savait capter l'air du temps. Par exemple, et je vais vous révéler une anecdote que personne ne connaît : Leny Escudero, qui était un grand chanteur révolutionnaire dans les
années 60, est venu me voir au tout début de la tournée « Age tendre et tête de bois », dont je suis l'attaché de presse, pour me raconter une histoire que je ne connaissais pas.
Il m'a dit : «
Claude François m'aimait beaucoup, j'appartenais à une gauche révolutionnaire et même si la politique n'était pas son truc, il aimait mes
textes. Il adorait certaines de mes chansons dont “Pour une amourette” ainsi que “Ballade à Sylvie”. Il m'a contacté en décembre 1977 pour me parler de son dernier album disco qui venait de
sortir et surtout pour me confier ses projets. Il voulait que je lui écrive tout un album. » Leny est loin d'être un artiste qui se vante ou qui se prend au sérieux, je ne peux que
croire ses propos qui sont tout à fait probables.
Le truc c'est qu'ils se sont donné rendez-vous chez Leny qui habitait à Neuilly à l'époque, un samedi midi, et c'est la fille de Leny Escudero qui a ouvert la porte, coïncidence incroyable,
mais il se trouve que son idole c'était Claude François ! Alors, imaginez sa surprise on le voyant débarquer avec du vin et des tas de cadeaux comme il le faisait à son habitude. Arrivé dans
le salon, il insiste auprès de Leny pour qu'il lui écrive un album. Escudero lui répond qu'il ne sait pas faire du Claude François, mais ce dernier lui répond qu'il ne veut pas qu'il lui
fasse du Claude François, mais du Leny Escudero, ce serait Cloclo qui chante Leny !
À partir de là, ils se mettent d'accord pour que l'album soit prêt pour l'hiver 78/79, car Claude avait déjà un autre album en chantier avec Roda-Gil qui aurait dû sortir pour l'été 78. Pour
quelle raison a-t-il pensé à ce chanteur de gauche ? La réponse est dans la dernière interview qu'il a donnée la veille de sa mort à une très grande journaliste de la presse suisse-allemande
où il déclare : « Je suis persuadé que la droite est foutue en France, que la gauche arrive à grand pas et que l'on ne dira plus “Je t'aime” de la même manière ». Le précurseur qu'il était,
celui qui sentait les vents tourner, avait pressenti les années 80 que l'on a vécues, donc il aurait très bien su se renouveler pour continuer à vendre des disques.
Ce qui aurait été plus compliqué, c'est son apparence physique, mais je pense qu'il se serait concentré sur un répertoire de crooner à la Sinatra et qu'il aurait évidemment arrêté de danser
comme il le faisait, pour faire des choses plus adaptées à son âge.
NTDA : Alors revenons à notre époque dans laquelle il est finalement très présent. Quel est l'agenda de Claude François pour l'année 2008 ?
F.L. : Enorme ! En disques, cette année c'est Warner qui sort une compilation multi-époques, parce que comme vous le savez, le répertoire de Claude François appartient toujours à trois
maisons de disques différentes, Universal pour les années 62 à 72, Sony de 72 à 75/76 et Warner pour les deux dernières. À chaque grand anniversaire, c'est l'une d'entre elles qui prend le
pouvoir et fait une compilation qui réunit toute la carrière de la star. Il y aura donc une compilation de 45 titres et une autre de 60, accompagnées de deux DVD best of, un de quinze
morceaux et un autre de vingt.
En 1997, avec Universal, on avait sorti un coffret réunissant l'intégrale de ses premiers singles, on va sortir le complément. Les fans vont être ravis de posséder aussi l'intégrale des
albums dans leurs pochettes originales. On va sortir un live que les fans attendent comme des malades, c'est le fameux concert du Forest National à Bruxelles du samedi 12 janvier 1974, celui
des faux adieux, où il finit le concert en se jetant dans la fosse. Le son sera exceptionnel parce que j'ai retrouvé le master original. Pour vous donner une idée, le medley fait 27 minutes à
l'origine, les fans devraient se régaler. Il sera disponible dans une boite, en tirage limité à 3000 exemplaires, avec un livret de vingt pages que je suis en train d'écrire, l'affiche du
concert de l'époque et le ticket de l'époque.
Un autre concert mythique, celui de l'été 1975 que l'on va éditer pour la première fois en CD, où l'on entend Claude et Marc qui font “Bonjour” au micro, puisque c'est l'année où Claude a
révélé à la presse qu'il avait bien deux enfants. En ce qui concerne les livres, c'est la foire d'empoigne, il n'y aura pas moins de 19 bouquins dont sept rééditions qui vont sortir sur
Claude dans l'année 2008.
Avec Claude et Marc François, on a sorti le 6 mars dernier, un très beau livre qui s'intitule « Collection privée » aux Éditions du Marque-pages. On a rassemblé tous les objets ayant
appartenus à Claude François, on a fait des facsimilés de son passeport, de son permis de conduire, son diplôme du lycée français du Caire. On a réédité des partitions, une affiche de 1969 de
Jean-Loup Sieff, un disque souple de sa première maquette qu'il était allé présenter lui-même aux différentes maisons de disques à ses tout débuts, la première chanson qu'il a jamais
interprétée sur disque “Bye bye blackbird”. Les gens vont pouvoir découvrir les légendaires notes de services qu'il dictait sur un dictaphone et que sa secrétaire reproduisait sur papier, des
manuscrits, des cartes postales dont la toute première de chez Fontana qui est très rare. On a réédité le drapeau qu'il avait fait faire aux couleurs de Flèche sur son bateau l'Ismaïlia.
Bref, il y aura pas moins de 34 objets en tout.
Ensuite, Josette ressort un autre livre de mémoire qui va s'appeler “Mon frère, Claude François” chez Hors collection, où elle va développer ce qu'elle avait déjà écrit en 1988 dans
“L'histoire d'une revanche”. C'est tout de même la seule à pouvoir raconter l'histoire de l'exil de l'Égypte. Il y a aussi Christian Morise qui à été le secrétaire de Claude de 65 à 69, une
période que l'on connaît moins dans le détail. Le livre va s'appeler “Dans l'intimité de Claude François” où il raconte des choses étonnantes. Il sortira aux Éditions Pascal Petiot. On va en
apprendre plus sur son histoire tumultueuse avec France Gall. Béatrice Nouveau, qui a déjà écrit des bio sur Mylène Farmer et Tokyo Hotel, va sortir chez Flammarion un livre appelé “Cloclo
For Ever” où elle balaye tout son star-system, découpé par catégorie. Ce qui est intéressant, c'est qu'elle a le regard que peut avoir la jeune génération sur lui puisqu'elle ne l'a pas
connu. Donc elle situe son image dans notre époque ce qui est très intéressant.
La nièce de Claude François, Stéphanie Lohr, qui travaille à Ici Paris, et qui avait sorti un livre en 97, le réédite dans un autre format et avec un autre titre, “Secret de familles” aux
Éditions Bernard Pascuito. Un livre très émouvant parce qu'elle parle de son tonton et que c'est la plume d'une superbe journaliste. Sylvie Mathurin, l'habilleuse, réédite son livre, puis une
ou deux clodettes qui rééditent le leur. Bref j'en oublie sûrement mais l'essentiel est là. Tout ceci ne sortira pas en même temps évidemment, par souci de ne pas ruiner le public de Claude
François, on va étaler chaque sortie entre février et septembre 2008.
Propos recueillis par Christophe Daniel et
publié avec
l'aimable autorisation du magazine Nos Tendres et Douces Années